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Au Gabon, la communauté de Massaha lutte pour protéger ses forêts ancestrales

08 March 2022

RFUK, le Forest Peoples Programme et Greenpeace Afrique ont écrit aujourd’hui au Ministre gabonais des Eaux, des Forêts, de la Mer, de l’Environnement, Chargé du Plan Climat, des Objectifs de Développement Durable et du Plan d’Affectation des Terres, M. Lee White, appelant à l'arrêt immédiat de l’exploitation forestière illégale dans les forêts ancestrales du village de Massaha, et apportant leur appui à la demande de la communauté tendant à la création d’une aire protégée à gestion communautaire.

Face aux demandes répétées de la communauté pour examiner les nombreux cas signalés d’exploitation illégale par la société Transport Bois Négoce International (TBNI) dans son Unité Forestière de Gestion UFG-2 sur la route Makokou - Mekambo, le ministère a jusqu’alors largement répondu par le silence. Les illégalités alléguées comprennent le manque d’études d’impact social et environnemental, l’omission de mettre en place un mécanisme équitable de partage des bénéfices avec le village, et la destruction de sites sensibles (une liste complète est fournie dans un tableau joint en annexe à la lettre).

« La zone de la concession de TBNI abrite nos villages ancestraux. C’est toute une histoire qui risque d’être volée. C’est notre cri d’alerte. Nous faisons confiance au Ministère. » - H.B. Betotobiaya, Le journal Télévisé des Provinces (Gabon), le 14 avril 2021

 

Destroyed ancestral village                Village ancestral détruit

 

Apparemment encouragés, la société et son sous-traitant Wan Chuan Timber Sarl (WCTS) visent maintenant à exploiter la forêt intacte au sud de la rivière Liboumba. Cela menace jusqu’à 11.300 hectares des terres ancestrales de la communauté, plusieurs sites sacrés et une zone d’une grande importance bioculturelle, abritant des populations d’éléphants de forêt d’Afrique, de gorilles des plaines, de chimpanzés et de pangolins géants.

Face à ces menaces, nous appuyons pleinement les efforts constants de Massaha pour classer la zone en aire protégée. Ce genre d’initiative représente une solution de rechange importante au modèle de conservation stricte et militarisé qui prévaut dans une grande partie du Gabon et de la région plus large et qui a eu de graves répercussions sur les droits de l’homme.

Entre-temps, les efforts du Gabon pour se présenter comme un chef de file sur le plan environnemental dans la région étaient déjà remis en question. L’année dernière, le pays a reçu un premier paiement de 17 millions de dollars de l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale (CAFI) en récompense pour la réduction d’émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts en 2016 et 2017, alors même que les données de la FAO et de Global Forest Watch montrent que la perte des forêts primaires avait en fait augmenté durant cette période, atteignant son troisième plus haut niveau depuis 2001. Par ailleurs, plusieurs grands projets d’infrastructure et d’industries extractives et agroalimentaires sont prévus dans des zones écologiquement sensibles du pays, tandis que le gouvernement a repoussé à 2025 son objectif de faire du Gabon le premier pays à exiger la certification FSC pour toutes ses concessions forestières.

Joe Eisen, Directeur exécutif de RFUK, a déclaré : « la situation à laquelle Massaha est confronté ne reflète pas le statut dont jouit le Gabon comme pays leader en matière de l’environnement dans la région. Nous exhortons donc le gouvernement à cesser immédiatement les activités d’exploitation forestière dans la concession jusqu'à ce que les violations alléguées fassent l’objet d’une enquête approfondie ; et nous soutenons pleinement la revendication légale de la communauté de protéger ses forêts ancestrales. »

Lisez la lettre ici (en anglais).

 

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