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La CE appelée à procéder à une évaluation urgente de ses financements pour les programmes de conservation en Afrique centrale

08 March 2019

La Rainforest Foundation UK (RFUK) a appelée aujourd'hui la Commission européenne à conduire une enquête immédiate sur ses financements de projets de conservation dans les forêts du bassin du Congo, à la lumière de révélations concernant de nombreux abus de droits de l'homme par des « éco-gardes » financés par la Commission européenne.

Cette semaine, le site d’information Buzzfeed a publié une série de révélations sur le rôle du Fonds mondial pour la nature (WWF) dans des violations des droits de l’homme dans et autour d’aires protégées en Asie et en Afrique. Dans sa lettre à la Commission européenne [1], RFUK fait référence à des recherches menées en 2016 dans 34 aires protégées du bassin du Congo, qui ont mis en évidence de nombreuses violations des droits de l'homme et autres impacts sociaux liés à la conservation dans les parcs nationaux et autres aires strictement protégées [2]. Des violations des droits de l'homme auraient eu lieu dans au moins neuf aires protégées bénéficiant du soutien de la Commission européenne.

À travers le programme «ECOFAC» à lui seul, la Commission européenne a alloué 258 millions d’euros à la protection des aires protégées du bassin du Congo au cours des 27 dernières années.

Lors d’enquêtes dans le parc national de la Salonga — la plus grande aire protégée forestière d’Afrique et un site du patrimoine mondial de l’UNESCO —  la RFUK a documenté un grand nombre d’exactions physiques et sexuelles aux mains des «éco-gardes». Parmi les incidents les plus graves de ces dernières années, les équipes ont documenté deux cas de viol collectif, deux exécutions extrajudiciaires ainsi que de multiples récits de torture et autres mauvais traitements commis par des gardes du parc. La Commission européenne a été et continue d’être le plus important bailleur de fonds du parc national de la Salonga, et a récemment injecté plusieurs dizaines de millions de dollars pour la protection de sa biodiversité.

«Il est fréquent pour les femmes qui s'aventurent dans le parc d’être violées et pour les hommes d’être torturés ou extorqués», a déclaré un habitant de Bongila, un village aux abords du parc, à l'équipe de recherche de RFUK.

Simon Counsell, Directeur Exécutif de la RFUK, a déclaré que les avertissements répétés de l’organisation à la Commission européenne concernant les violations des droits de l'homme commises dans les parcs africains qu'elle finance sont jusqu’à présent tombés dans l'oreille d'un sourd.

« Il est maintenant clair que des abus ont été perpétrés sur une échelle à l’ampleur effroyable. Plutôt que de se fier aux rapports des grandes organisations de conservation, la Commission doit immédiatement conduire une enquête indépendante sur les projets liés aux aires protégées qu’elle a financés, rendre ses conclusions publiques, et mettre en place des mesures strictes pour éviter que de tels abus ne se reproduisent. Les programmes de conservation doivent travailler avec les communautés locales et non les terroriser », a expliqué Simon Counsell.

 

[1] Lettre à la Commission Européenne (seulement disponible en anglais)

[2] Aires protégées dans le Bassin du Congo : Un échec pour les peuples et la biodiversité ? (2016)

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