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La foresterie communautaire change des vies : comment une communauté de RDC a sécurisé sa terre

20 December 2019

La communauté d'Ilinga a reçu son titre de CFCL en septembre 2018
 

En septembre 2018, la communauté d’Ilinga, dans la province de l’Equateur de la République démocratique du Congo, a obtenu son titre officiel de concession forestière de communauté locale (CFCL). Ilinga-Ina Bomboyo, dont le nom complet signifie « unité », est l’une des huit communautés accompagnées par l’ONG GASHE[1] en Equateur dans le cadre du projet « Forêts Communautaires en RDC »[2] , implémenté par Rainforest Foundation UK sous financement de UK Aid. Les 3 393 hectares de forêts gérés coutumièrement par la communauté depuis des générations sont désormais reconnus par la loi comme l’une des premières forêts communautaires du pays, et ont été attribués à la communauté à perpétuité.

Bien que le fait de sécuriser ces terres coutumières soit déjà une avancée importante dans un contexte national où les droits fonciers des communautés sont régulièrement bafoués, une gestion inclusive de ces CFCL, se traduisant par des bénéfices tangibles pour le développement local comme pour la biodiversité, est tout aussi cruciale.

En janvier 2019, GASHE a commencé un travail d’accompagnement des habitants d’Ilinga pour la mise en place de trois comités locaux de gestion et suivi et la préparation d’un Plan Simple de Gestion (PSG), qui a été soumis aux autorités locales en septembre 2019 et rapidement approuvé.

Le processus de développement du PSG a été mené par la communauté elle-même. GASHE a travaillé aux côtés de 28 planificateurs et membres des comités locaux, qui ont été formés aux principes de bonne gouvernance, aux rôles et responsabilités des comités et à la collecte de données. Les progrès réalisés ont été rapportés régulièrement à l’ensemble de la communauté à travers 20 assemblées communautaires, y compris pour l’approbation du PSG final. Le résultat de ce travail collectif est un plan qui vise explicitement à protéger la forêt et la biodiversité, tout en construisant une communauté plus inclusive et plus unie, au sein de laquelle les ressources seront investies pour l’intérêt commun.

Une étude socio-économique, conduite auprès de 217 ménages, fournit des informations clés sur les groupes sociaux et ethniques au sein de la communauté, les activités de subsistance et commerciales, les sites culturels, et l’accès aux services publics (écoles, centre de santés, routes). Suite à cette collecte de données, des inventaires multi-ressources ont été conduits pour analyser le potentiel d’utilisation et d’exploitation du bois, des populations animales et des produits forestiers non-ligneux (nourriture, plantes médicinales, produits de construction).

 
Inventaire des ressources forestières par les planificateurs locaux
 
Inventaire des ressources forestières par les planificateurs locaux
 
Sur la base des résultats de l’étude socio-économique (détaillant les usages actuels et les différents besoins de la communauté), des inventaires (soulignant le potentiel de chaque ressource), et d’une analyse détaillée des types de sols et de leur adéquation pour une variété d’usages, la communauté a développé un plan d’utilisation des terres. Ce plan divise leur concession en trois types de zones : une zone de développement rural (25 pourcent de la concession), une zone de production (30 pourcent) et une zone de protection (45 pourcent).
 

                                          Carte des types de terre préparée par la communauté

 
Le plan d’utilisation des terres traduit le caractère intrinsèquement multi-usages de la concession, mais les restrictions traditionnelles sur la chasse, la pêche et l’agriculture ont été renforcées pour préserver la biodiversité et respecter le cycle de renouvellement de la forêt. L’attribution d’une large partie de la CFCL à la protection démontre également l’intention de la communauté de préserver les ressources pour les générations futures.
 

                         Le plan d'utilisation des terres d'Ilinga montre la vocation multi-usages de la CFCL

Enfin, la communauté a dressé et chiffré une liste de développement infrastructurels prioritaires, en haut de laquelle figurent l’aménagement de la route et l’amélioration des moyens de transport. Le PSG souligne que ces infrastructures pourraient être financées par les revenus communautaires générés par l’exploitation collective de cultures de rente, à l’instar du cacao. 
 
Bien qu’un soutien technique et financier soit nécessaire pour faire de ce plan ambitieux une réalité, les progrès sur le terrain ne se sont pas fait attendre. Lors d’une mission récente, les animateurs de GASHE ont constaté que les habitants d’Ilinga génèrent déjà des revenus communautaires grâce à un champ collectif de manioc et à la production durable de braises. Ces revenus sont utilisés pour construire un bâtiment qui abritera le comité local de gestion. 
 
L’exemple d’Ilinga montre que les Plans Simples de Gestion peuvent aider les communautés locales à mieux analyser les ressources dont elles disposent et l’adéquation de celles-ci avec leurs besoins futurs, et les encourager à travailler ensemble vers des objectifs de développement communs et durables. 
 
Cependant, certains obstacles demeurent : 
 
- Les capacités de l’administration locale pour approuver ces plans simples de gestion doivent être renforcées. Outre un certain nombre d’autres exigences légales, les PSG doivent être multi-usages, inclusifs et durables, et l’administration doit bénéficier de formations ciblées et d’outils pour analyser les PSG sur la base de ces critères. 
- Le processus de préparation des PSG doit être simplifié. En l’état actuel des choses, certains prérequis (les inventaires systématiques par exemple) nécessitent des ressources financières, du temps et des capacités techniques dont les communautés locales ne disposent pas forcément sans aide extérieure. 
 
Malgré ces obstacles, pour les habitants d’Ilinga, le PSG a déjà ouvert la voie à un avenir commun prometteur : « Ce que nous connaissons de notre forêt est traduit dans ce document […] en vue de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de notre communauté locale », a déclaré Gustave Embele Botumba Nkoy, Président du Comité Locale de Gestion.
 
[2] Le Projet « Forets Communautaires en RDC » (2016-2019), mis en œuvre par Rainforest Foundation UK et financé par le Département pour le Développent International du Royaume Uni (DfID) a visé à développer un modèle réussi de gestion forestière communautaire, qui se concentre sur les droits, les besoins et les priorités des communautés locales, y compris ceux des groupes marginalisés. A travers des partenaires de la société civile congolaise (APEM, CAGDFT, GASHE, Réseau CREF et PREPPYG), le projet a notamment soutenu plusieurs sites pilotes dans les provinces de l’Equateur et du Nord-Kivu.

 

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