Le succès de la foresterie communautaire dans le Nord- -Kivu, contre toute attente

22 juin 2026

Dans les forêts de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une région qui a connu des années d’insécurité et d’incertitude, une incroyable histoire de résilience se déroule.

Le 2 juin 2026, la communauté de Masombea, située dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, a officiellement obtenu la reconnaissance juridique de sa forêt communautaire (Concession forestière des communautés locales ou CFCL). Couvrant 14 404 hectares de forêt, soit une superficie équivalente à celle de Paris et de Manhattan réunis, cette concession confère à la communauté les droits exclusifs de gérer et de protéger ses terres forestières coutumières pour les générations futures.

The ForestLink platform showing the location of the Masombea community.
La plateforme ForestLink indiquant l’emplacement de la communauté de Masombea.

Pour les quelque 400 personnes qui composent la communauté de Masombea, réparties dans les villages de Msrii, Mampo'o et N'kompe, cette réussite marque l'aboutissement d'années de travail, de détermination et de partenariat. Il s'agit également d'une étape importante pour la conservation communautaire dans l'une des régions les plus riches en biodiversité du bassin du Congo, où l'escalade de la violence a été aggravée cette année par une épidémie d'Ebola.

Préserver les forêts, renforcer les communautés

La concession a été officiellement accordée par un l'arrêté, l’instrument juridique requis pour établir une CFCL en RDC. Cet arrêté confirme l’identité de la communauté, les limites de la forêt et la superficie de la concession. Plus important encore, il garantit les droits de la communauté à gouverner et à gérer sa forêt traditionnelle selon un cadre reconnu par la législation nationale.

La conservation au-delà des limites des aires protégées

L’importance de la concession de Masombea s’étend bien au-delà de ses limites.

La forêt nouvellement reconnue jouxte le parc national de Maiko, l’une des aires protégées les plus importantes de la RDC, qui abrite une faune remarquable, notamment des gorilles des plaines orientales, des okapis, des chimpanzés et des éléphants de forêt.

Pendant de nombreuses années, les efforts de conservation dans la région se sont principalement concentrés sur les zones strictement protégées, ce qui a souvent eu https://www.rainforestfoundationuk.org/wp-content/uploads/2021/11/media.ashx_protected-areas-in-the-congo-basin-failing-both-people-and-diversity-french.pdf pour les communautés locales et les peuples autochtones. L’expérience montre toutefois de plus en plus que la conservation durable dépend de la participation active des communautés qui vivent aux abords de ces forêts.

C’est une leçon qui a déjà été mise en évidence dans la forêt communautaire voisine de Bamasobha. Dans un récent reportage de Mongabay, des responsables communautaires ont décrit comment des habitants dont les familles avaient autrefois été déplacées à la suite de la création du parc national de Maiko contribuent désormais à protéger la forêt grâce à une conservation menée par la communauté. Leur expérience montre comment la garantie des droits communautaires peut aller de pair avec la réduction de la pression sur les forêts, la protection de la biodiversité et l’établissement de relations plus positives entre les communautés et les autorités chargées de la conservation.

Ensemble, ces forêts communautaires forment une zone tampon essentielle autour du parc national de Maiko et contribuent à une vision plus large de la conservation qui considère les populations locales non pas comme de simples observateurs, mais comme les gardiens des forêts dont elles dépendent depuis des générations.

La concession de Masombea représente la prochaine étape de ce mouvement en pleine expansion. Aujourd’hui la RDC compte plus de 230 forêts communautaires couvrant plus de 4,5 millions d’hectares — une superficie supérieure à celle de la Suisse. En mai, le président a également appelé à une accélération de ce modèle, tandis que lors de la COP30 à Belém, le pays est devenu signataire de l’Engagement intergouvernemental sur le régime foncier (ILTC) du FCLP, s’engageant à sécuriser et à conserver 54 millions d’hectares de terres au profit des peuples autochtones et des communautés locales d’ici 2030.

Un effort collectif

Cette réussite est le fruit de plusieurs années de collaboration entre les communautés locales, les organisations de la société civile et les acteurs qui les soutiennent.

Les activités sur le terrain et l'engagement communautaire ont été coordonnés par nos partenaires, Programme de Recherche et d'Elevage pour la Promotion des Peuples Pygmées et Groupes Vulnérables (PREPPYG) et Réseau pour la Conservation et la Réhabilitation des Ecosystèmes Forestiers (RCREF). RFUK a soutenu les démarches qui ont finalement abouti à l'octroi de la concession, en collaborant avec ses partenaires pour aider les communautés à s'y retrouver dans les exigences juridiques et techniques du processus de foresterie communautaire.

Le soutien initial à a été fourni dans le cadre du programme Forêts d'avenir de RFUK. Plus récemment, le soutien continu apporté par Rainforest Trust via le projet « Maiko Buffer » a permis aux partenaires de maintenir le dialogue avec les autorités provinciales et d’accompagner les dernières étapes menant à la publication de l'arrêté. Le soutien continu apporté par les initiatives existantes contribuera à pérenniser ce travail dans les années à venir.

Un membre de la communauté de Masombea explique le processus de foresterie communautaire.
Un membre de la communauté de Masombea explique le processus de foresterie communautaire.
Un membre de l’équipe PREPPYG dispense une formation aux membres de la communauté de Masombea.
Un membre de l’équipe PREPPYG dispense une formation aux membres de la communauté de Masombea.
Le voyage continue

Bien que la concession soit désormais légalement reconnue, ce n’est que le début d’un nouveau chapitre.

La prochaine étape pour la communauté sera l’élaboration d’un plan de gestion simple, qui servira de guide pour la gestion durable de la forêt dans les années à venir. Ce processus permettra d’identifier les priorités en matière de conservation, de définir des zones de gestion et de soutenir le développement d’entreprises communautaires capables de générer des revenus tout en protégeant les ressources forestières.

En continuant à soutenir ce travail, les partenaires visent à garantir que des forêts saines contribuent à renforcer les moyens de subsistance, à mieux protéger la biodiversité et à accroître la résilience des communautés locales.

L’histoire de Masombea nous rappelle que certaines des plus grandes réussites en matière de conservation ne naissent pas dans les bureaux gouvernementaux ou lors de conférences internationales, mais au sein de communautés qui choisissent d’investir dans l’avenir de leurs forêts grâce à un soutien adapté.

Des membres de la communauté de Bamasobha patrouillent dans leur forêt.
Des membres de la communauté de Bamasobha patrouillent dans leur forêt.

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