RFUK présente les conclusions d'une étude sur les rapports de genre mettant en avant les opportunités et les obstacles rencontrés par les femmes dans la gouvernance forestière en République du Congo
06 avril 2026
RFUK partage les conclusions d'une nouvelle étude sur le genre examinant la participation des femmes à la gouvernance forestière et à la surveillance communautaire en République du Congo. Cette étude a été menée dans le cadre du projet FISONG, «Capacités légales et participation des défenseurs de l'environnement en République du Congo», un projet mis en œuvre depuis 2023 par un consortium dirigé par RFUK, en collaboration avec ClientEarth et l'organisation congolaise Comptoir Juridique Junior (CJJ). FISONG – un mécanisme de financement de l’innovation créé par l’Agence Française de Développement – soutient des projets pilotes qui testent de nouvelles approches du développement, avec un fort accent sur l’apprentissage, l’évaluation et la mise à l’échelle de l’impact. À travers cette initiative, les partenaires visent à renforcer l’État de droit, la redevabilité et la gestion durable des forêts en renforçant les défenseurs de l’environnement, en particulier les communautés locales et les peuples autochtones, grâce à des initiatives et des activités de sensibilisation et de renforcement des capacités.
Grâce au financement FISONG, les membres des communautés sont formés pour devenir des observateurs communautaires et des parajuristes, ce qui leur permet de surveiller les activités illégales liées à l’exploitation des ressources naturelles, de signaler les crimes forestiers via la plateforme d'observation communautaire ForestLink et d’améliorer l’accès à la justice. Dans le cadre de ce travail, l’étude sur le genre a adopté une méthodologie participative et interactive afin de mieux comprendre les barrières structurelles et les contraintes auxquelles sont confrontées les femmes en général, et les femmes bantoues et autochtones en particulier, dans le contexte de l’utilisation des ressources naturelles et de la protection des forêts.
Principales conclusions et évolutions positives
L'étude met en évidence à la fois les facteurs favorables et les obstacles à la participation des femmes. Parmi les évolutions positives encourageantes, nous pouvons citer :
- Aux niveaux international, national et régional, la République du Congo a ratifié de nombreux instruments juridiques protégeant les droits des femmes, y compris ceux des peuples autochtones, démontrant ainsi un engagement politique fort. Plusieurs institutions publiques et organisations de la société civile (OSC) œuvrent activement à l’intégration de la dimension de genre dans les politiques et programmes de développement, avec des budgets gouvernementaux croissants alloués à l’égalité de genre et à l’autonomie des femmes.
- Dans le cadre du projet FISONG, des femmes ont participé à des programmes de formation et ont été sélectionnées à la fois comme observatrices communautaires et comme parajuristes, bien que les taux de participation soient restés faibles, en particulier pour le rôle d’observatrice. Au total, 20 % des observatrices formées et 52 % des parajuristes formées étaient des femmes, dont 18 % de femmes autochtones. Les femmes ont déclaré se sentir écoutées, respectées et soutenues, et avoir une compréhension claire de leurs rôles.
- Les communautés ont généralement une opinion positive des parajuristes et des observatrices, et de nombreux hommes interrogés ont exprimé leur soutien à l’idée que des femmes assument ces rôles. Les groupes de discussion ont révélé un désir croissant chez les femmes d’accroître leur autonomie, leur leadership et leur participation dans les initiatives locales.
Des barrières structurelles et culturelles persistantes
Malgré ces progrès, l'étude confirme que la participation des femmes reste limitée en raison de barrières structurelles, sociales et culturelles profondément ancrées :
- Les normes coutumières et la division du travail selon le genre limitent le temps et la capacité des femmes à s’engager pleinement dans les activités des projets. Les femmes mariées doivent souvent obtenir le consentement de leur mari pour participer, et les responsabilités liées à la garde des enfants et aux tâches ménagères limitent leur disponibilité pour le suivi ou la formation.
- La discrimination et les préjugés touchent particulièrement les femmes autochtones, qui peuvent être victimes d’exclusion, d’intimidation ou de harcèlement de la part des hommes bantous dans les villages mixtes.
- Les lacunes en matière de langue et d'éducation, la plupart des femmes autochtones ne sachant ni lire, ni écrire, ni parler le français, limitent leur accès à l'information et, par conséquent, l’accès aux opportunités de projets et d’emplois, ainsi que leur compréhension de la loi.
- L'accès limité aux ressources et aux services, notamment aux cartes d'identité ou aux documents de citoyenneté, ainsi que l'éloignement des sites de suivi et le manque de soutien financier, limitent davantage la participation.
- Des lacunes juridiques et systémiques persistent au niveau macro : bien que la République du Congo dispose d’un cadre juridique relativement complet en matière d’égalité de genre, sa mise en œuvre est inégale en raison d’une faible sensibilisation locale, de conflits avec le droit coutumier et de ressources humaines et financières limitées.
- Les préoccupations en matière de sécurité, notamment les signalements de violences sexuelles dans certains villages du nord du Congo, découragent les femmes de participer à des missions d’observation.
Recommandations pour améliorer la participation des femmes
L'étude fournit des conseils pratiques aux niveaux micro, méso et macro :
- Au niveau communautaire (micro) : ajuster l’organisation des activités du projet en tenant compte des responsabilités quotidiennes des femmes, proposer des formations en français et dans les langues locales, sensibiliser aux droits des femmes et des peuples autochtones, organiser des réunions réservées aux femmes ou adaptées à la culture locale si nécessaire, faciliter l’accès aux documents d’identité et mettre en œuvre des programmes de leadership des femmes et d’alphabétisation juridique. Des visites d’échange entre les communautés où la participation des femmes est plus élevée ont également été recommandées.
- Promouvoir la non-discrimination et des attitudes inclusives (niveau micro) : mettre en œuvre des actions ciblées de sensibilisation et de formation, en particulier à l’intention des hommes bantous, sur la non-discrimination, l’égalité de genre et les droits des peuples autochtones. Cela devrait viser à lutter contre les préjugés profondément ancrés, à réduire l’intimidation et l’exclusion des femmes autochtones, et à encourager une participation plus inclusive aux processus de prise de décision.
- Au niveau des projets et des organisations (méso) : renforcer les capacités internes en matière d'intégration du genre, élaborer et mettre en œuvre une politique du genre et veiller à ce que le personnel reçoive une formation appropriée.
- Au niveau gouvernemental et national (macro) : poursuivre le plaidoyer juridique, examiner la législation sous l'angle de l'inclusion du genre et soutenir les processus participatifs afin de traduire les engagements en matière d'égalité de genre en résultats concrets.
Implications et prochaines étapes
Pour RFUK et l'ensemble du secteur, ces conclusions soulignent que l'égalité de genre n'est pas seulement une question d'équité, mais un facteur essentiel pour une gouvernance forestière efficace. Soutenir les femmes en tant que défenseuses des droits humains et de l’environnement renforce la responsabilité, améliore l'engagement communautaire et garantit que les personnes les plus étroitement liées aux écosystèmes forestiers participent activement à leur protection.
En partageant ces informations, RFUK vise à fournir une ressource pratique aux organisations qui conçoivent et mettent en œuvre des programmes d’observation communautaire et de justice environnementale, ainsi que des initiatives visant à soutenir la participation des femmes à la gestion des ressources naturelles.
Lisez le rapport complet de l'étude sur le genre ici. L’original est rédigé en français et une version anglaise sera bientôt disponible.
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