Une coalition alerte sur un projet d'ouverture de dizaines de millions d'hectares de forêts de la RDC à l'exploitation forestière industrielle

06 juillet 2026

Kinshasa, le 6 juillet 2026 – Une coalition regroupant près de 70 organisations œuvrant pour la protection de l'environnement et la défense des droits humains appelle le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) à maintenir le moratoire sur l'attribution de nouvelles concessions forestières industrielles. À travers une lettre ouverte adressée à la Première ministre [1], la coalition demande la suspension immédiate des initiatives visant à lever ce moratoire tant que les conditions juridiques requises ne sont pas réunies et que les réformes engagées dans les secteurs forestier et foncier ne sont pas pleinement achevées. [2]

Cette mobilisation intervient à un moment charnière où la RDC affirme son ambition de devenir un véritable « pays solution » face aux crises climatique et de la biodiversité. Le lancement du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, les réformes foncières et forestières en cours, la reconnaissance accrue des droits des peuples autochtones et des communautés locales, ainsi que les engagements internationaux pris par le gouvernement congolais témoignent d'une volonté politique forte de bâtir un modèle de développement conciliant conservation et justice sociale.

Pour la coalition, une levée précipitée du moratoire compromettrait cette dynamique positive. Elle risquerait d'ouvrir potentiellement des dizaines de millions d'hectares de forêts à l'exploitation forestière industrielle, fragilisant les écosystèmes du Bassin du Congo, les droits des communautés et peuples autochtones qui en dépendent et la crédibilité internationale de la RDC dans la lutte contre les crises climatiques et de biodiversité.

« Lever aujourd'hui le moratoire sans des dispositifs efficaces de gouvernance, y compris des mécanismes robustes de suivi et de contrôle, reviendrait à ouvrir la porte à une expansion industrielle dont les conséquences seraient disproportionnées pour les communautés qui dépendent étroitement des forêts. Greenpeace Afrique rejoint cette coalition parce que protéger les forêts du Bassin du Congo, c'est protéger notre avenir collectif. » a déclaré Bonaventure Bondo, Chargé de campagne Forêts – Bassin du Congo, Greenpeace Afrique.

L'analyse technique [3] accompagnant la lettre ouverte démontre que les conditions juridiques nécessaires à la levée du moratoire ne sont toujours pas remplies. Elle met également en évidence les faiblesses persistantes de la gouvernance forestière, les risques élevés de conflits fonciers, la faible contribution économique de l'exploitation forestière industrielle ainsi que les conséquences environnementales et sociales liées à l'ouverture de nouvelles concessions.

Les organisations signataires rappellent qu'au lieu d'étendre un modèle extractif dont les bénéfices restent limités, la RDC dispose aujourd'hui d'une opportunité historique pour améliorer la gouvernance forestière, consolider les droits fonciers des communautés et renforcer la foresterie communautaire et attirer davantage d'investissements en faveur de la conservation et du développement durable.

« Ouvrir potentiellement des dizaines de millions d'hectares de forêts à l'exploitation forestière industrielle compromettrait gravement la crédibilité de la RDC en tant que "pays solution" face aux changements climatiques et à la perte de biodiversité. Cela intervient à un moment où le pays a engagé plusieurs réformes positives en matière de gouvernance forestière et de reconnaissance des droits des communautés locales et des peuples autochtones. La RDC devrait poursuivre sur cette voie plutôt que de s'engager dans des modèles extractifs qui ont déjà montré leurs limites et qui apportent peu de bénéfices aux forêts comme aux communautés rurales congolaises. » a déclaré Joe Eisen, Directeur exécutif, Rainforest Foundation UK (RFUK).

Pour les organisations congolaises de la coalition, la protection des forêts passe avant tout par le respect des droits des populations qui en sont les premières gardiennes.

« La majorité des concessions forestières ont déjà été converties en concessions de conservation. Parmi celles qui ne l'ont pas encore été, plus de la moitié ne sont pas opérationnelles. Dès lors, on peut légitimement se demander quel type d'opérateurs forestiers bénéficierait réellement d'une levée du moratoire. » " a déclaré Blaise Mudodosi Muhigwa, Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés (APEM).

La coalition appelle le Gouvernement de la RDC à suspendre définitivement les initiatives en cours visant à lever le moratoire, à finaliser les réformes relatives à la gouvernance forestière, à l'aménagement du territoire et aux droits des peuples autochtones, ainsi qu'à renforcer les mécanismes de transparence, de contrôle et d'application de la loi dans le secteur forestier.

Elle invite également les partenaires techniques et financiers de la RDC à poursuivre leur soutien aux modèles de gestion durable fondés sur les forêts communautaires, la protection de la biodiversité, le respect des droits humains et le développement économique local.

Les organisations signataires réaffirment leur engagement à travailler aux côtés du Gouvernement de la République Démocratique du Congo, des communautés locales, des peuples autochtones, de la société civile et des partenaires internationaux afin de consolider les réformes engagées, préserver les forêts du Bassin du Congo et promouvoir un modèle de développement fondé sur la justice climatique, la bonne gouvernance et la gestion durable des ressources naturelles.

 

[1] La lettre adressée au Premier ministre par près de 70 organisations.

[2] La carte gouvernementale des zones d'exploitation forestière industrielle et une autre carte produite par RFUK montrant le chevauchement avec d'autres utilisations des terres.

[3] La note d’information accompagnant la lettre

Contacts :

Raphael Mavambu
Communication & Storytelling Manager – Greenpeace Afrique
rmavambu@greenpeace.org

Joe Eisen
Directeur exécutif – Rainforest Foundation UK
joe@rainforestuk.org

Blaise Mudodosi Muhigwa
Coordinateur - Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés (APEM)
blaisemmnt@gmail.com

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