Un nouveau rapport dénonce l'accaparement des terres carbone dans le bassin du Congo.

14 octobre 2025

Une nouvelle enquête de RFUK révèle comment de vastes zones de la République démocratique du Congo (RDC) sont morcelées pour des projets de compensation carbone, suscitant des inquiétudes quant à la légalité, la transparence et les impacts sur les droits humains d'un marché du carbone en pleine expansion.

Le rapport « La Grande Ruée Vers l’Or Verte : la prolifération et les impacts sociaux des projets de compensation carbone forestier en RDC » a identifié 71 projets carbone, couvrant environ 100 millions d'hectares, ce qui représente près de la moitié de la superficie totale du pays.

Le rapport alerte sur le fait que cette « ruée vers l'or du carbone » se déroule en grande partie en dehors des cadres juridiques, avec des entreprises privées et des investisseurs étrangers revendiquant des droits de gestion des stocks de carbone sur les terres congolaises, souvent sans consultation ni consentement des communautés, ni supervision gouvernementale.

Une nouvelle ruée vers les forêts du Congo

Nos recherches ont révélé que de nombreux accords de compensation carbone reflètent les pratiques d'exploitation forestière et minière qui minent depuis longtemps la RDC. Cela inclut des dizaines de concessions de conservation, dont beaucoup ont été converties illégalement ou sont gérées par des sociétés forestières.

De plus, une série d'accords carbone non liés à la superficie, couvrant plus de 80 millions d'hectares, ont été signés entre des institutions publiques et des entreprises privées. Ces contrats manquent souvent de limites claires et de supervision, accordant de fait aux entreprises un contrôle total sur les forêts du pays sur le papier.

Les marchés du carbone sont présentés comme une solution climatique, mais ce rapport met en garde contre le fait qu'en RDC, ils pourraient devenir une nouvelle frontière d'exploitation.

« Les marchés du carbone en RDC se développent à un rythme alarmant, sans les garanties nécessaires pour protéger les populations et les forêts », a déclaré Joe Eisen, directeur exécutif de la RFUK.« Les peuples autochtones et les communautés locales, véritables gardiens du bassin du Congo, sont une fois de plus mis à l'écart tandis que de puissants intérêts en profitent. »

Communautés marginalisées, promesses non tenues

Malgré les affirmations selon lesquelles les projets carbone créeraient des emplois locaux, des écoles et d'autres avantages, le rapport fait état d'une exclusion généralisée des peuples autochtones et des communautés locales des processus décisionnels. Dans plusieurs cas, les communautés signalent avoir perdu l'accès à leurs terres ancestrales ou avoir été condamnées à des amendes et/ou menacées pour avoir pénétré dans des zones de projets nouvellement désignées.

« À cause de tous ces acteurs du marché du carbone, nos villages sont devenus de véritables aéroports : de nombreuses personnes arrivent, s'emparent de nos ressources et repartent sans rien nous laisser. »

- Habitant de la communauté d'Ekele, province de l'Équateur, RDC

Crédits fantômes et fausses solutions climatiques

Ces résultats remettent également en question l'intégrité climatique des compensations carbone elles-mêmes. Une étude récente a révélé que moins de 16 % des crédits carbone volontaires génèrent de réelles réductions d'émissions,, tandis que la plupart des projets de carbone forestier ne parviennent pas à démontrer leur additionnalité ; cela signifie qu'ils pourraient ne pas empêcher une déforestation qui n'aurait de toute façon pas eu lieu. En s'appuyant sur ces « crédits fantômes », les entreprises risquent d'utiliser les marchés du carbone pour retarder la véritable décarbonation et écologiser l'utilisation continue des combustibles fossiles.

Appel à la réforme

La « Grande Ruée Vers l’Or Verte » appelle à un moratoire sur les nouveaux projets carbone en RDC jusqu'à la mise en place de systèmes de gouvernance transparents et de garanties juridiques pour protéger les communautés et les forêts. Le rapport met également en avant des alternatives fondées sur les droits – telles que la foresterie communautaire et les paiements directs non marchands pour services environnementaux – comme des moyens plus justes et plus efficaces de protéger les forêts et de réduire les émissions.

« Les solutions climatiques ne doivent pas se faire au détriment de ceux qui protègent ces forêts depuis des générations », Vittoria Moretti, chargée de campagne Forêts de RFUK en RDC et auteure principale du rapport. « Sans leadership communautaire et garanties adéquates, les marchés du carbone risquent de faire plus de mal que de bien. »

Le rapport complet « La Grande Ruée Vers l’Or Verte » est disponible en anglais ici et en français ici

Un documentaire d'accompagnement est disponible ici.

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