Vers une vision nationale pour une transition juste en RDC

08 octobre 2026

Les 22 et 23 septembre 2026, près de 90 représentants des communautés locales, de la société civile et des institutions publiques se sont réunis à Kinshasa pour aborder une question fondamentale : comment la République démocratique du Congo (RDC) peut-elle faire de la transition juste un vecteur de sa propre transformation, plutôt que de simplement répondre aux besoins de la transition énergétique mondiale ?

La RDC est souvent présentée comme un « pays solution » face aux crises climatiques et énergétiques mondiales. Ses forêts d’importance mondiale, ses vastes ressources en eau et hydroélectriques, ses minéraux stratégiques et son extraordinaire biodiversité la placent au cœur des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique.

Pourtant, les peuples autochtones et les autres communautés locales vivant dans ces paysages riches en ressources ne recoivent souvent que peu de bénéfices de leur exploitation, tandis que des dizaines de millions de Congolais n’ont toujours pas accès à une énergie abordable et durable.

Dans ce contexte, la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et l'action publique (CORAP), la Rainforest Foundation UK (RFUK) et la campagne Notre Terre Sans Pétrole ont organisé une table ronde nationale de deux jours sur la transition juste en RDC.

Placer les communautés au cœur du processus

Cette réunion a marqué le lancement d'un Livre blanc sur la transition juste en RDC. S'appuyant sur les expériences des communautés, notamment en matière d'exploitation pétrolière et du projet hydroélectrique d'Inga dans la province du Kongo Central, le rapport vise à établir les fondements politiques, juridiques et stratégiques d'un dialogue national.

Pour Emmanuel Musuyu, directeur exécutif de CORAP, cela implique de transformer la gouvernance des ressources, les conditions de leur exploitation et la répartition des bénéfices.

Trois principes sont au cœur de cette vision : la participation, la reconnaissance et la redistribution. Les communautés doivent avoir voix au chapitre dans les décisions qui affectent leurs terres ; leurs droits, leurs savoirs et leurs pratiques doivent être reconnus ; et les revenus et autres avantages tirés des ressources naturelles doivent contribuer au développement local et à l'amélioration des conditions de vie.

Un « pays-solution » doit répondre aux attentes de sa propre population

Un thème central des discussions a porté sur la contradiction entre le rôle mondial de la RDC et sa situation intérieure. Alors que le pays est censé fournir des minéraux essentiels à la transition énergétique et protéger les forêts vitales pour le climat mondial, 80 à 90 % de sa population n’a toujours pas un accès approprié à l’énergie.

« Un “pays porteur de solutions” ne peut pas apporter de solutions au reste du monde sans en offrir aucune à sa propre population », a déclaré Jean Claude Mputu, de CORAP.

Les participants ont souligné qu’une transition juste ne saurait donc se réduire à la décarbonation ou à la satisfaction de la demande internationale en minéraux. Elle doit élargir l’accès à une énergie propre et abordable, créer des emplois et de la valeur ajoutée locale, et soutenir une transformation économique plus large.

René Ngongo Mateso, rapporteur du Conseil économique et social, a souligné que l’énorme potentiel énergétique et les minéraux stratégiques de la RDC pourraient créer d’importantes opportunités. Le défi, a-t-il affirmé, consiste à garantir que ces opportunités profitent au peuple congolais.

Dépasser les approches fragmentées

La RDC dispose déjà de nombreuses politiques et initiatives couvrant l'énergie, les mines, les forêts, le climat, l'agriculture, les infrastructures et les marchés du carbone. Cependant, ces domaines sont souvent traités séparément, malgré leur forte interdépendance.

Les choix énergétiques façonnent l'industrialisation et l'exploitation minière. Les infrastructures ont un impact sur les forêts et les communautés. L'agriculture dépend de l'accès à l'énergie et d'écosystèmes sains. Les politiques climatiques peuvent créer de nouvelles opportunités économiques, mais aussi de nouveaux risques pour les droits des communautés. Le pays a récemment connu plusieurs réformes importantes de l'aménagement du territoire, mais celles-ci doivent être pleinement mises en œuvre.

« Nous souhaitons une véritable stratégie nationale de transition juste, applicable à tous les secteurs », a déclaré Musuyu. « Aujourd'hui, chaque secteur a tendance à s'organiser séparément. Il manque la coordination et une vision partagée. »

Vers une feuille de route nationale

La deuxième journée a été consacrée aux cadres institutionnels nécessaires pour transformer cette ambition en une stratégie nationale. La participation des autorités publiques, notamment d'un représentant du ministre délégué à la Nouvelle économie climatique, a constitué une occasion importante de dialogue entre le gouvernement et la société civile.

Le professeur Joseph Malasi, représentant le ministère, a clairement exposé les enjeux : quelle transition la RDC souhaite-t-elle ? À qui doit-elle bénéficier ? Comment doit-elle être financée ? Et comment peut-elle véritablement améliorer la vie des communautés locales et des peuples autochtones ?

La prochaine étape consistera à consolider et à valider une feuille de route nationale pour l'élaboration d'une vision congolaise partagée sur la transition juste, ouvrant la voie à une stratégie nationale ultérieure.

La RDC dispose des ressources nécessaires pour jouer un rôle central dans la transition mondiale. Le défi consiste désormais à faire en sorte que ces mêmes ressources servent de fondement à un développement juste, inclusif et durable pour les communautés dont les moyens de la subsistance reposent une exploitation raisonnée et une protection de l’environnement.

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