Du déni au dialogue : le plaidoyer de CAD est un moteur de changement dans le parc national de Ntokou-Pikounda

14 juillet 2026

Dans les forêts denses du nord de la République du Congo, le parc national de Ntokou-Pikounda s’étend sur l’un des plus grands massifs restants de forêt tropicale du bassin du Congo. Il abrite également des communautés autochtones et locales dont les familles vivent dans ces forêts depuis des générations.

Pendant des années, bon nombre de ces communautés ont payé le prix fort pour un modèle de conservation qui les excluait. Les personnes vivant aux abords du parc ont fait état de passages à tabac, d’intimidations et de restrictions d’accès aux forêts, aux rivières et aux ressources dont dépendent leurs moyens de subsistance. Mais la situation a commencé à évoluer le 13 août 2022.

Lors d’un Forum pour la démocratie et l’État de droit organisé par le partenaire congolais de RFUK, le Centre d’Actions pour le Développement (CAD) – une organisation de défense des droits de l’homme basée à Brazzaville, la capitale –, des membres de la communauté ont dénoncé les abus liés à la gestion du parc. Leurs témoignages ont incité le CAD, avec le soutien de RFUK, à lancer une enquête indépendante afin de documenter ces allégations.

Lorsque le CAD a publié ses conclusions en mars 2023, la réaction a été immédiate. Loin d’entraîner une réforme rapide, ces conclusions se sont heurtées à de l’hostilité et à des accusations d’ingérence étrangère. Les autorités du parc se sont montrées méfiantes et le climat politique s’est tendu.

Le CAD n’a toutefois pas reculé. Il a continué à documenter les allégations de manière indépendante, tout en maintenant le dialogue avec les responsables du parc et l’organisation de conservation qui le gère, le Fonds mondial pour la nature (WWF). Il a plaidé en faveur de solutions concrètes fondées sur des preuves et a utilisé des outils juridiques pour exiger que justice soit rendue aux victimes.

Sa persévérance porte aujourd’hui ses fruits.

En 2024, le WWF et le gouvernement congolais ont commandé une enquête indépendante sur les abus commis dans le parc et ses environs. Le rapport présentait certes des lacunes, mais il a confirmé plusieurs des violations précédemment documentées par le CAD. Surtout, il reprenait bon nombre des recommandations du CAD, notamment la reconnaissance officielle des abus, l’indemnisation des communautés touchées et des réformes visant à améliorer la gouvernance interne du parc.

Pour les communautés qui se sentaient ignorées depuis longtemps, cela a marqué un tournant important : leurs témoignages ne pouvaient plus être écartés.

Au cours des semaines et des mois qui ont suivi, le CAD a maintenu la pression. En septembre 2025, il a mené une nouvelle mission sur le terrain afin d’évaluer les mesures adoptées par les responsables du parc du WWF, de faire le point sur les progrès en matière de gouvernance et d’examiner la situation des populations locales et autochtones.

La mission a constaté que d’importants défis subsistaient. L’accès aux ressources naturelles reste contesté dans certaines zones et les mécanismes destinés à protéger les droits des communautés restent fragiles.

Elle a toutefois également constaté des signes clairs d’une évolution dans la bonne direction. L’une des avancées les plus significatives a été la cartographie participative menée avec les communautés locales et autochtones. Les communautés ont désormais validé ces cartes, qui devraient guider la future délimitation officielle du parc. Cela revêt une importance capitale. Pour les familles qui dépendent de la forêt pour la pêche, la cueillette et leurs pratiques culturelles, la cartographie des terres coutumières n’est pas seulement un exercice technique, mais une étape concrète vers la garantie des droits et la réduction des conflits.

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Une autre étape importante a suivi en juillet 2025, lorsque le parc a lancé le processus d’élaboration d’un plan de gestion avec la participation des communautés. Le CAD avait réclamé à plusieurs reprises un tel plan, arguant que la conservation ne peut aboutir si les communautés sont exclues des décisions qui affectent leur vie.

S’il est correctement mis en œuvre, ce processus devrait contribuer à intégrer des représentants des communautés au sein des instances de gouvernance et à renforcer les garanties de leurs droits.

Le plaidoyer juridique de la CAD a également contribué à faire évoluer la situation. L’organisation poursuit ses actions en justice contre le WWF et le parc afin que les abus avérés fassent l’objet d’une réponse judiciaire appropriée et que les victimes puissent avoir accès à la justice.

Cette pression a déjà contribué à des réformes concrètes. Les éco-gardes du parc ont désormais suivi une formation aux droits de l’homme visant à réduire le risque de futurs abus.

Ces changements n’effacent pas les préjudices subis par les communautés, ni ne résolvent tous les problèmes à Ntokou-Pikounda. Ils témoignent toutefois d’une évolution importante. Dans un contexte extrêmement sensible, la dynamique a commencé à évoluer, passant du déni et de la méfiance vers la reconnaissance, le dialogue et une réforme progressive.

L’expérience de Ntokou-Pikounda montre que lorsque les preuves sont crédibles, que le plaidoyer est persévérant et que les outils juridiques sont utilisés de manière stratégique, le changement est possible. Elle met également en évidence un enseignement plus large pour la conservation dans l’ensemble du bassin du Congo et au-delà : la protection des forêts ne peut se faire au détriment des populations qui les protègent depuis des générations.

Une approche fondée sur les droits de l’homme n’est pas un obstacle à la conservation ; c’est le seul moyen de la pérenniser.

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